Saint-Nicolas le 6 décembre avec les enfants | Mon Cher Livre
Il y a en France des enfants pour qui le mois de décembre commence le 5 au soir, et pas le 24. Ils posent un sabot ou une chaussure près de la porte, laissent une carotte à côté, vont se coucher beaucoup trop excités, et se lèvent à six heures du matin pour voir ce qui est arrivé pendant la nuit. Le lendemain, à l’école, ils arrivent avec du pain d’épices dans le cartable.
Et il y a, dans le même pays, des enfants du même âge qui n’ont jamais entendu parler de tout ça.
Une fête vraiment régionale, et il faut le dire
La Saint-Nicolas n’est pas une fête nationale française. C’est une fête de l’Est et du Nord. Elle est très vivante en Lorraine, en Alsace, en Moselle et dans une partie du Nord, et elle est quasiment inconnue ailleurs. Un enfant de Bordeaux, de Rennes ou de Marseille peut traverser toute son enfance sans jamais mettre un sabot devant la cheminée le 5 décembre.
Ce n’est pas un détail à cacher aux enfants, c’est au contraire une des choses les plus intéressantes à leur raconter. Les fêtes ne tombent pas du ciel de la même façon partout. Elles suivent des frontières anciennes, des routes commerciales, des évêchés, des voisinages. La Saint-Nicolas est arrivée par le nord-est de l’Europe et s’est arrêtée là où elle s’est arrêtée. Saint Nicolas est d’ailleurs le patron de la Lorraine, ce qui explique à quel point la fête y est ancrée : ce n’est pas une animation de décembre importée pour faire joli, c’est une figure locale depuis très longtemps.
Concrètement, cela veut dire qu’en France la question n’est pas “est-ce qu’on fête la Saint-Nicolas”, mais “est-ce qu’on la fête chez nous”.
Ce qui se passe le 5 au soir
Le rituel est simple, et c’est sa force. Le soir du 5 décembre, l’enfant pose son sabot, ou plus souvent aujourd’hui une chaussure, un chausson, parfois une botte, près de la cheminée ou de la porte d’entrée.
Le matin du 6, il y trouve du pain d’épices, très souvent sous la forme d’un petit bonhomme à l’effigie du saint, des mandarines, du chocolat et des noix. Rien d’énorme. Ce ne sont pas les cadeaux de Noël, et c’est justement ce qui rend la chose supportable pour les parents et magique pour les enfants : c’est petit, c’est bon, ça sent l’épice et l’agrume, et ça arrive un jour de semaine ordinaire.

L’âne, la carotte et le bol d’eau
Voici le détail que les enfants préfèrent, presque toujours : Saint Nicolas ne vole pas, il ne descend pas d’un traîneau, il voyage sur un âne.
Du coup, on ne prépare pas seulement quelque chose pour le saint, on prépare quelque chose pour la bête. Une carotte, parfois un morceau de pain dur, un peu de foin s’il y en a, un bol d’eau. Les enfants prennent ça très au sérieux. Ils choisissent la carotte, ils la posent correctement, ils vérifient que le bol n’est pas trop plein pour ne pas le renverser.
Si vous ne deviez garder qu’un seul geste de toute la tradition, gardez celui-là. C’est le moment où l’enfant n’est pas en train de recevoir, mais de donner. Et le 6 au matin, la carotte croquée ou disparue fait plus d’effet que n’importe quel emballage.
Nancy et les défilés
Dans les régions concernées, la fête sort de la maison. Nancy organise chaque année un grand défilé de la Saint-Nicolas, avec des chars, de la musique et des illuminations, et on vient de loin pour le voir. Dans beaucoup de communes de Lorraine, d’Alsace et de Moselle, il y a aussi un cortège, une arrivée du saint sur la place, une distribution de pain d’épices, parfois un défilé aux lampions.
Les dates changent d’une ville à l’autre et d’une année à l’autre : le cortège n’a pas forcément lieu le 6 décembre exactement, c’est souvent le week-end le plus proche. Le mieux est de regarder ce qu’annonce votre mairie dès le mois de novembre, parce que les bonnes places se prennent tôt et qu’il fait froid quand on arrive en retard.

Et le Père Noël, alors ?
C’est la question qui arrive toujours, et généralement au pire moment, par exemple au milieu du défilé.
La réponse honnête est simple : ce sont deux personnages différents, à deux dates différentes. Saint Nicolas vient le 6 décembre, il est habillé en évêque, avec une mitre et une crosse, il voyage sur un âne, et il apporte de petites choses. Le Père Noël vient dans la nuit du 24 au 25, il est en rouge, avec un traîneau, et il apporte les cadeaux.
Dans les régions où la Saint-Nicolas est vivante, les deux coexistent sans le moindre problème depuis longtemps. Les enfants ont donc deux rendez-vous en décembre, ce qui leur convient parfaitement. Inutile de construire une théorie compliquée pour les relier ou de choisir entre les deux : “ce sont deux histoires différentes, et ici on fête les deux” suffit largement. Les enfants acceptent très bien qu’une famille fasse les choses autrement qu’une autre, ils s’y heurtent déjà tous les jours dans la cour de récréation.
Le Père Fouettard, sobrement
La tradition comprend aussi le Père Fouettard, la figure sombre qui accompagne le saint et s’occupe, dit-on, des enfants qui n’ont pas été sages.
Il fait partie de l’histoire et on peut le mentionner, surtout si votre enfant le voit passer dans un cortège et pose des questions. Mais beaucoup de familles le laissent aujourd’hui complètement de côté, et c’est un choix parfaitement légitime. On n’a pas besoin de faire peur à un enfant de quatre ans pour lui donner envie de bien se tenir, et une fête qui repose sur la menace laisse rarement de bons souvenirs. Si la question vient, une phrase courte et neutre suffit, et on retourne s’occuper de la carotte de l’âne.
Quand on arrive dans la région, ou quand on en part
Deux situations reviennent souvent, et elles sont plus délicates qu’elles n’en ont l’air.
Vous venez d’emménager en Lorraine, en Alsace ou dans le Nord, et votre enfant rentre de l’école en annonçant qu’il faut mettre un sabot. Le réflexe est de se dire que ce n’est pas votre tradition à vous. Faites-le quand même, en petit. Une chaussure, un pain d’épices, une mandarine, une carotte. Cela coûte trois euros et cela évite à votre enfant d’être le seul de sa classe à ne rien avoir à raconter le 6 au matin. Demandez aussi aux voisins ou aux grands-parents du coin comment eux s’y prennent : les variantes locales sont nombreuses et les gens adorent les expliquer.
Situation inverse : vous êtes originaire de l’Est et vous vivez maintenant ailleurs. Là, votre enfant fêtera quelque chose que personne autour de lui ne connaît. Ce n’est pas un problème, à condition de le nommer : “chez nous, dans la famille, on fête la Saint-Nicolas, parce que c’est de là que vient papi”. Une tradition familiale assumée vaut largement une tradition majoritaire, et les enfants en sont même plutôt fiers. Prévoyez juste de quoi répondre à la maîtresse, qui risque de ne pas comprendre pourquoi il y a du pain d’épices dans le cartable un mardi matin.

Garder une trace de ce 6 décembre
Les fêtes qui marquent le plus les enfants sont celles où ils ont un rôle, pas seulement un cadeau. C’est aussi pour cette raison qu’ils réclament sans arrêt la même histoire le soir, une mécanique que nous avons expliquée dans notre article sur les livres que les enfants redemandent sans arrêt.
La Saint-Nicolas est d’ailleurs une matière à histoire idéale, parce qu’il s’y passe des choses très concrètes : préparer le sabot, choisir la carotte, guetter l’âne depuis la fenêtre, se réveiller trop tôt. Chez Mon Cher Livre, nous avons rassemblé ces trames dans nos histoires de Saint-Nicolas où l’enfant joue son propre rôle : c’est lui qui tient la carotte, lui qui entend les sabots dans la rue, lui qui retrouve le pain d’épices au matin. Cela ne remplace évidemment pas la vraie soirée du 5 décembre. C’est une façon de la garder quelque part, comme on garde une photo, pour la relire l’année suivante. Si vous préférez voir concrètement le résultat avant de vous décider, il y a des livres déjà réalisés à feuilleter.
Une dernière chose
Ne cherchez pas à faire grand. La Saint-Nicolas n’est pas une deuxième version de Noël, et elle perd beaucoup si on la traite comme telle. Un sabot, quatre gourmandises, une carotte pour l’âne, une lumière allumée dans le couloir. Vingt ans plus tard, ce dont votre enfant se souviendra, ce n’est pas ce qu’il y avait dans la chaussure. C’est qu’il s’est levé dans le noir, pieds nus sur le carrelage froid, pour aller voir.