Cover: Chandeleur : des crêpes avec les enfants | Mon Cher Livre
16 septembre 2026

Chandeleur : des crêpes avec les enfants | Mon Cher Livre

Le 2 février, il fait encore nuit à dix-sept heures et le mois de janvier a duré environ quatre-vingts jours. Puis arrive la Chandeleur : une poêle, un saladier, un peu de farine sur le carrelage, et une maison qui sent bon pendant tout l’après-midi. C’est une petite fête, sans cadeaux ni décorations, et c’est exactement ce qui la rend précieuse quand on a des enfants de deux à huit ans.

D’où vient la Chandeleur, au juste

Il y a deux couches à cette fête, et elles ne racontent pas tout à fait la même histoire.

La couche la plus visible est religieuse. Le 2 février, l’Église célèbre la Présentation de Jésus au Temple, quarante jours après Noël. D’où le nom : ce jour-là, on bénissait les cierges, les chandelles, et les fidèles les rapportaient chez eux allumés. “Chandeleur” vient de là, de la fête des chandelles. C’est une fête de lumière posée au creux de l’hiver, au moment précis où les jours commencent à rallonger pour de bon.

Sous cette couche, il y en a une autre, plus ancienne et plus paysanne. Début février, on approchait de la fin des réserves d’hiver et du début des semailles. On raconte que la crêpe, ronde et dorée, représentait le soleil qui revient, et qu’en faire une le 2 février était une manière d’appeler une bonne récolte. Les sources ne s’accordent pas sur l’origine exacte de ce geste, et il faut être honnête avec les enfants là-dessus : on ne sait pas tout, et c’est très bien. Ce qui reste, c’est l’idée. La nuit recule, on mange quelque chose de rond et de chaud, on allume une bougie sur la table.

Une crêpe dorée qui cuit dans une poêle

La pièce dans la main

C’est le geste que tous les enfants retiennent. La tradition veut qu’on fasse sauter la première crêpe de la main droite en tenant une pièce de monnaie dans la main gauche. Si la crêpe retombe bien à plat dans la poêle, l’année sera prospère. Certaines familles glissent ensuite la pièce dans la crêpe, la roulent et la posent en haut d’une armoire jusqu’à l’année suivante.

Là encore, personne ne sait vraiment d’où vient cette histoire de pièce, et les versions varient d’une région à l’autre. Peu importe. Pour un enfant de cinq ans, c’est un petit rituel avec un objet magique dedans, et ça suffit largement.

Un mot de prudence, dit calmement, sans en faire un drame : c’est un adulte qui fait sauter la crêpe. La poêle est brûlante, le manche est lourd, et une crêpe qui rate atterrit rarement là où on l’attendait. Les enfants regardent, comptent jusqu’à trois, crient quand ça marche. C’est leur rôle et ils l’adorent.

Ce qu’un enfant peut vraiment faire

Le piège, avec la cuisine à plusieurs, c’est de donner une tâche trop grande et de finir par tout reprendre en main. Mieux vaut viser juste.

Vers deux ans, l’enfant fait des choses qui ne peuvent pas rater : verser la farine déjà pesée dans le saladier, casser les œufs dans un petit bol à part (oui, il y aura de la coquille, et on la repêche), remuer avec une cuillère en bois pendant trente secondes avant de se lasser. Assis sur une chaise stable, loin de la plaque. Sa vraie mission, c’est de tenir le fouet et d’être là.

Vers quatre ans, il peut verser le lait petit à petit pendant que vous fouettez, huiler la poêle froide au pinceau, mettre la table, compter les crêpes à voix haute. Il peut aussi choisir les garnitures et les aligner : sucre, citron, confiture, pâte à tartiner. Cette partie-là compte plus qu’on ne croit, parce que c’est une décision qui lui appartient.

Vers sept ans, il sait casser les œufs proprement, peser la farine sur la balance, repérer les grumeaux et insister pour les faire disparaître. Il peut, sous surveillance directe et avec une spatule, retourner une crêpe en la faisant glisser plutôt qu’en la lançant. Et il peut lire la recette à voix haute pendant que vous cuisinez, ce qui est une manière discrète de faire lire un enfant qui n’aime pas trop ça.

Un enfant qui aide à préparer la pâte à crêpes dans la cuisine

Faire durer la journée un peu plus longtemps

Une pâte à crêpes se repose une heure. C’est un temps mort formidable : on sort les bougies, on en allume une par personne, et on raconte. Pourquoi il fait moins noir qu’en décembre. Ce que c’était, une récolte. Ce que grand-mère mettait sur ses crêpes.

Les enfants de cet âge adorent s’entendre raconter, surtout quand ils sont dans l’histoire. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils réclament toujours le même livre le soir, une raison que nous avons détaillée dans notre article sur les livres que les enfants redemandent sans arrêt. Chez Mon Cher Livre, on peut pousser l’idée jusqu’au bout et créer un livre où votre enfant est le héros : une histoire de Chandeleur où c’est lui qui bat la pâte, lui qui tient la pièce, lui qui rate la première crêpe et réussit la deuxième. Ce n’est pas indispensable pour passer une belle journée, évidemment. C’est juste une jolie façon de garder le 2 février quelque part, comme on garde une photo. Si vous voulez voir à quoi ça ressemble avant de vous lancer, il y a des exemples de livres déjà réalisés.

Un enfant heureux à table devant son assiette

Un conseil de fin

Ne cherchez pas la crêpe parfaite. La première est toujours ratée, c’est sa fonction dans la vie. Mettez un torchon par terre, acceptez que la cuisine soit sale pendant deux heures, et laissez l’enfant lécher la cuillère. Ce dont il se souviendra dans vingt ans, ce n’est pas l’épaisseur de la pâte. C’est la bougie, la pièce dans sa main, et le bruit que ça fait quand la crêpe retombe bien.

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