Cover: Votre enfant se voit-il dans ses livres ? | Mon Cher Livre
16 juin 2026

Votre enfant se voit-il dans ses livres ? | Mon Cher Livre

Feuilletez les albums qui traînent chez vous et regardez bien les personnages principaux. Combien de fois y trouve-t-on un enfant avec des boucles comme les siennes, avec des lunettes, en fauteuil roulant, ou avec la même couleur de peau ? Pour beaucoup d’enfants, la réponse est : presque jamais. Ils voient plein d’histoires, mais rarement eux-mêmes dans un livre. Dans cet article, vous découvrirez pourquoi cela compte, à quel point l’offre de livres pour enfants est déséquilibrée, et ce que vous pouvez y faire, sans réduire votre enfant à une seule caractéristique.

Miroirs et fenêtres

La chercheuse américaine en éducation Rudine Sims Bishop a introduit en 1990 une image qui reste très utilisée aujourd’hui. Les livres, disait-elle, sont parfois une fenêtre : on y regarde une vie différente de la sienne. Et parfois ils sont un miroir : on s’y voit soi-même.

Les enfants ont besoin des deux. Les fenêtres leur apprennent le monde et les aident à imaginer la vie de quelqu’un d’autre. Les miroirs leur confirment que leur propre vie mérite d’être racontée. Un enfant qui n’a jamais que des fenêtres et jamais un miroir en retire un message discret : les histoires parlent des autres, pas de moi.

À quel point l’image est-elle faussée ?

Les chiffres confirment ce ressenti. Le Cooperative Children’s Book Center (CCBC) de l’université du Wisconsin compte chaque année qui sont les personnages principaux des livres pour enfants nouvellement publiés. Année après année, une grande partie de ces personnages sont blancs ou sont des animaux, tandis que les enfants racisés sont sous-représentés par rapport à leur part dans la population. Les personnages porteurs d’un handicap, comme un enfant en fauteuil roulant ou avec une prothèse auditive, ne forment qu’une petite minorité. Vous pouvez consulter les comptages annuels sur le site du CCBC.

Pourquoi un miroir compte

Voir que des enfants comme soi existent dans les histoires peut sembler anodin, mais cela nourrit un sentiment d’appartenance. Cela confirme que vos cheveux, votre peau, vos lunettes ou votre façon de vous déplacer sont normaux et méritent d’être racontés. Pour les enfants qui remarquent déjà au quotidien qu’ils sont « différents », cette confirmation a une valeur particulière.

Un groupe d'enfants d'origines diverses lisant un livre ensemble sur un banc

Le piège : ne réduisez pas votre enfant à une caractéristique

Il y a ici une nuance importante. Un miroir fonctionne mieux quand l’enfant est simplement le héros d’une aventure amusante, et non quand le livre devient une leçon sur « la fille à lunettes » ou « le garçon en fauteuil roulant ». Un enfant est une personne entière, pas une caractéristique.

Les livres qui font d’un handicap ou d’une apparence le sujet central peuvent produire l’effet inverse : ils braquent le projecteur sur la différence au lieu de la laisser exister tranquillement. La représentation la plus forte est souvent la plus discrète, celle où un enfant avec des boucles ou un fauteuil roulant participe tout simplement, chahute et tient le premier rôle.

Pas seulement la personnalisation

La personnalisation est une voie, mais pas la seule. Cherchez délibérément des albums avec des personnages principaux variés, et des auteurs et illustrateurs d’horizons différents. En médiathèque ou en librairie, demandez explicitement des titres représentant un large éventail d’enfants ; les bibliothécaires jeunesse connaissent souvent bien mieux le fonds que ce que les tables de nouveautés laissent voir, et les catalogues des maisons d’édition jeunesse françaises réservent de bonnes surprises. Une étagère variée fait autant de bien que ce seul livre où votre enfant se reconnaît.

Une histoire où votre enfant est simplement votre enfant

Un livre personnalisé part de votre propre enfant. Le personnage principal a donc naturellement ses cheveux, sa couleur de peau et les lunettes qu’il porte, non pas comme un thème, mais simplement parce que c’est votre enfant. L’histoire est une aventure, pas une leçon sur la différence.

Soyons honnêtes sur ce qu’un tel livre fait et ne fait pas : il capte surtout l’apparence d’un enfant. Si votre enfant a des traits précis que vous voulez retrouver, décrivez-les clairement, et associez le livre à des albums variés venus de la librairie ou de la médiathèque. Pour comprendre pourquoi la reconnaissance rassure autant, lisez aussi pourquoi les enfants redemandent sans cesse le même livre. Un livre pour enfant avec son prénom est un miroir qui se forme tout seul, et vous pouvez composer l’histoire vous-même pour qu’elle lui ressemble vraiment.

Un parent montrant un album coloré à un tout-petit

En résumé

Les enfants ont besoin de fenêtres et de miroirs : des histoires sur les autres, et des histoires dans lesquelles ils se reconnaissent. L’offre de livres pour enfants reste déséquilibrée sur ce point, en particulier pour les enfants racisés et les enfants porteurs d’un handicap. Vous pouvez rétablir l’équilibre avec une étagère choisie avec soin et variée, et avec des histoires où votre enfant est simplement votre enfant, qui participe et tient le premier rôle. Non pas comme une leçon, mais comme une aventure.

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Sources

  • Bishop, R. S. (1990). Mirrors, Windows, and Sliding Glass Doors. Perspectives: Choosing and Using Books for the Classroom, 6(3).
  • Cooperative Children’s Book Center (CCBC), University of Wisconsin-Madison. Diversity statistics: comptages annuels de la représentation dans les livres pour enfants.

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